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 Manger serait une affaire trop sérieuse pour....

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balqis
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MessageSujet: Manger serait une affaire trop sérieuse pour....   Sam 22 Jan 2005, 17:34

Une cuillère pour maman… Ce que manger veut dire (dossier),
L’Ecole des Parents, n°5/1995.

Une cuillère
pour maman…
Nourrir bébé serait-il une affaire
trop sérieuse pour être laissée au parents ?

s’interroge le pédopsychiatre Patrick Bensoussan.

« Encore une cuillère, une pour ton oncle, deux pour tatie. Regarde tout le
bon jus et les beaux légumes que maman a préparés. Ca fait grandir et ça
rend fort ».

(Mary Barnes, Un voyage à travers la folie, Paris, Seuil, 1976.)

A l’aube du troisième millénaire, le
monde du bébé est couleur Pampers, petits pots
Nestlé et biberons fruité. A l’ombre de Papi
Brazelton et de Mami Dolto, « His Majesty
the Baby »
pour reprendre la célèbre formule
de S. Freud de… 1914, s’affiche comme une
personne, objet d’un véritable culte médiatique
et prophète dans notre civilisation du mala ise.
Ce cher enfant, dans tous les sens du terme, est
aussi rare – à 1,8 enfant par famille, il est plus
rare au foyer que l’animal familier – qu’il est
chéri.
A l’abri de tous ces maux du passé – un
bébé sur deux mourait avant un an au Moyen
Age, 25 % au XVIIIè siècle, moins de 1%
actuellement – ce bébé désiré, programmé, naît
dans un monde où sciences et techniques
apparaissent de nature à lui garantir une longue
et douce vie. Il a des droits, proclamés et nous
avons des devoirs, légaux à son égard (cf. cet
article du Code civil qui rappelle aux époux
« l’obligation de nourrir, entretenir et élever
leurs enfants »).
« Le beau bébé nouveau est arrivé. » Et
une fois que le cercle de famille a applaudi à
grand bruit, s’est pâmé sur ses grand yeux, son
teint rosé, sa petite fossette, il vous échoit le
devoir de bien élever ce tout-petit pour un faire
un Homme. A vous de faire reconnaître, à tous,
que votre enfant est une petite merveille, le
plus performant, le plus adorable des petits
mammifères.
« Ne vous inquiétez pas, nous sommes là,
nous nous chargeons de tout. Ne vous
préoccupez de rien, suivez nos conseils, faites
ce que l’on vous dit, rien de plus, et vous
verrez, tout ira pour le mieux… dans le
meilleur des mondes ». Mères, restez à
l’écoute, fidèles et dévouées, du noble et
lumineux discours médical.


==>La question du jour : « Comment nourrir
son enfant ? » Ou encore : « Comment être un
bon parent ou une bonne mère qui nourrit bien
son petit ? » Ou enfin : « Quels sont les
derniers éclairages de la Science sur
l’alimentation du tout-petit ? »
Et vous en
conviendrez, ce domaine est si vaste, si délicat
et si sérieux, qu’il est hors de question d’en
laisser la responsabilité et la gestion à de
simples parents !

L’élevage et l’alimentation
des bébés d’antan
Il fut un temps, lointain, où le bébé
naissait à la maison, aidé par la matrone du
village, la sage-femme plus tard. Le nourrisson
n’était nourri qu’au sein de sa mère voire, à
compter du XVIIè siècle, des « nourrices
mercenaires » des campagnes. Le lait était
considéré alors comme la suite naturelle du
sang dont le foetus avait été nourri.
L’allaitement était pratiqué à la demande, jour
et nuit et comme « il faut à l’enfant la chaleur
de sa mère », le bébé dormait dans le lit de ses
parents.

Peu lavés, la crasse étant censée les
protéger, les bébés étaient emmaillotés, comme
tuteurisés, dans l’idée d’un nouveau-né
inachevé et malléable qui devait être
« façonné » pour ressembler à un Homme.
L’alimentation avait aussi pour fonction
d’« achever » le nouveau-né : à l’allaitement
étaient associés bouillie de céréales, purée de
châtaignes, lait de vache…

Le sevrage était tardif, souvent dans la
deuxième année
et l’embonpoint du tout-petit
avait une valeur reconnue, signe de bonne
santé et « de bonne éducation ». Il était dit
alors que « chez un enfant, il n’y a rien de plus
beau que la graisse sous le menton »…
L’alimentation du nourrisson était ainsi
gérée par sa famille, au jour le jour,
profondément enracinée dans la géographie du
lieu de vie et son terroir, la succession des
saisons et l’appartenance sociale ; organisée
autour d’ancestrales traditions, elle perpétuait
la prégnance du « cordon lacté », équivalent
symbolique du cordon ombilical pour le foetus.
Cette filiation était établie de longue date,
depuis la médecine hippocratique, médecine
des humeurs, pour qui l’enfant bien né était
« chaud et humide, de tempérament sanguin ».

A la fin du XIXè siècle, l’Etat considère
les enfants comme un enjeu national : futurs,
citoyens, soldats, force productive et rentable,
il se donne progressivement les moyens de les
protéger. La petite enfance devient un objet
médical, un fait social et politique.
Avec les
découvertes pasteuriennes, les progrès de
l’industrie et des techniques agro-alimentaires,
la science médicale et son pouvoir pénètrent en
force dans les foyers. L’allaitement maternel
demeure pourtant glorifié : « Le lait de la mère
appartient à son enfant », proclame le
célébrissime médecin Adolphe Pinard.


Biberons sur ordonnance
Aujourd’hui, la médicalisation de la petite
enfance est totale dès l’accouchement, voire
même avant. Nourrir un bébé, un petit bébé
relève plus aujourd’hui de la prescription
médicale, pédiatrique,
que du libre choix, des
traditions et du poids propre de l’histoire des
familles.

En quelques années, tout s’est accéléré à
la vitesse fulgurante des progrès techniques,
médicaux, biologiques, diététiques.
L’alimentation du nourrisson est devenue une
affaire sérieuse, lieu d’expression de luttes
d’intérêts et de pouvoir multiples,
économiques tout particulièrement.
Nous
subissons tous, en continu, un flot d’images, de
discours, de concepts, sans cesse réévalué et
amplifié allant de pair avec la sophistication de
l’offre alimentaire pour le tout-petit ; cette
surinformation diétético-médicale conduit nos
choix, nos achats et notre façon de nourrir nos
enfants. Nous ne sommes plus libres, à ce jour,
d’alimenter nos petits comme bon nous
semble.


Les produits « à valeur ajoutée santé »
comme disent les directeurs de marketing agroalimentaire
s’imposent à nous. Tel lait « a
obtenu la confiance du corps médical » ; tel
autre « anallergique », peut être utilisé de
premier chef. Tel lait supplémenté et hyper
vitaminisé constitue « une avancée
significative dans le domaine de la croissance
des enfants »…


Tous ces produits modernes concilient les
progrès de la diététique infantile et les réalités
de l’expérience pédiatrique : l’expérience et
l’histoire de la mère sont mises ici de côté, si
tant est qu’elles soient reconnues.

« Maternellement vôtre » disait pourtant
la publicité d’un lait maternisé dans les années
80, mais sitôt repris dans le texte par un
« Docteur, mon bébé va bien », tissant là
encore des liens entre la médecine et le bon
nourrissage de l’enfant. Les nouveaux besoins
des nourrissons sont caractérisés par leur
teneur glucidique, lipidique, protidique, en sels
minéraux ou autres vitamines. Il n’existe plus
que des calories, des rations alimentaires, des
régimes « enrichis ».


Tout est enrichi d’ailleurs, témoignant
bien de notre richesse phénoménale, les laits
sont enrichis en vitamines, les petits pots en
oligo-éléments, les yaourts en céréales…
Il est
dit que l’alimentation du nourrisson prépare
l’adulte et comme il faut préparer de grands,
beaux, nobles adultes ! Alors rendons grâce à
l’optimisation de la qualité nutritionnelle des
laits infantiles, à la qualité des nouvelles
préparations disponibles, à la supplémentation,
aux stratégies de la nouvelle diététique
infantile et croyons comme cette publicité
d’Enfalac (aliment lacté diététique pour
nourrisson), l’assure que « les bonnes mamans
vont l’apprécier ».


Bébé a grandi. Nous avons tous observé à
la lettre, au gramme près, ou à la calorie près,
les régimes prescrits mais aussi que peu à peu
l’emprise sur les repas de nos petits apparaît
éphémère. Dès l’école maternelle – et près de
95% des plus de trois ans s’y rendent – voire
avant, nos chères petites têtes blondes sont
nourries de visuels, d’images cathodiques et de
rencontres dans les cours de récréation ; ils
fréquentent les bancs bruyants des restaurants
scolaires, nouvelle appellation de nos cantines
d’antan.

La consommation de ketchup a plus que
doublé chez les moins de cinq ans depuis 1980.
Le marché des céréales a explosé, tout
particulièrement au petit déjeuner. Le frigidaire
est d’un accès libre et facile et nos enfants se
goinfrent d’aliments sans saveur et sans
consistance, pâtes, frites, jambon, purée…Leur
dit-on encore que « la cervelle, c’est bon pour
le cerveau », que « les épinards donnent la
force de Popeye », que « le thon c’est
bon » ?… Savent-ils que la soupe fait grandir
et que l’huile de foie de morue a un goût
horrible ?
Nourris de télé, les enfants innovent
Pourquoi ne s’inquiètent-ils jamais de
savoir ce que les robots bio-ioniques
mangent ?
Très vite, les enfants abandonnent
notre façon de se nourrir pour en inventer une
autre, une alimentation largement inspirée des
modèles déclinés par la télévision et les autres
médias, la publicité et le ciblage des
hypermarchés.


Comment s’y retrouver, dès lors, dans ce
passage brutal d’une diététique du bien-être, de
la performance et de la prévention, à un
picorage débridé, potentiellement en rupture
avec les traditions familiales ? « Nous les
adultes et les vieux, nous ne savons pas
transmettre notre héritage alimentaire à nos
enfants » conclut Marian Apfelbaum,
nutritionniste qui dit clairement sa
préoccupation par rapport à l’alimentation
actuelle des jeunes enfants et des adolescents.


Comment est-ce que les nourrissons et les
petits enfants qu’ils deviendront vont digérer
ces nouvelles nourritures ? Quelles réponses
mercantiles seront encore et toujours trouvées
aux angoisses parentales, tout spécialement
aux angoisses qui se fixent autour de l’oralité
et de l’alimentation ? L’équation d’antan, gros
bébé = beau bébé = bonne maman peut-elle
encore se décliner aujourd’hui ? Ne dit-on pas
qu’il faut très tôt veiller à l’absence de prise de
poids anormale du bébé et que les obésités sont
à détecter, au berceau…
Dis-moi ce que tu donnes à manger à ton
enfant, je te dirai quelle mère tu es : cette
formulation apparaît-elle signifiante de nos
jours ?


Et quelle est la place que peut occuper
un parent pris entre la maîtrise médicalisée de
la diététique précoce et la liberté outrancière
des modèles alimentaires importés un peu plus
tardifs ? Pourquoi les médecins qui exercent
tant leur autorité sur les corps et les moeurs des
bébés, à travers leur régime et leur
bienveillante attention diététique s’intéressent-ils
si peu à cette période seconde, des trois à
six ans ? Quel paradoxe !


Ne pourrait-on lire, dans cette évolution
de l’alimentation des tout jeunes enfants qui,
des familles a été dévolue au corps médical, le
subtil désir, toujours actif, de la science
moderne, de dicter ses lois et le plus
précocement possible.
Le bébé est une
personne, disions-nous, mais ne pourrions nous
voir dans ces nourritures médicales qui
lui sont « imposées » une façon très claire de
lui dénier ce statut et de toujours répéter que le
corps de l’enfant, du tout petit, appartient à sa
mère et dans cette extension contemporaine, à
ces nouveaux législateurs de l’ordre moral et
technique que sont les médecins ?

Comme d’ailleurs la grossesse, la
procréation et tant d’autres choses. Le retour
du refoulé serait alors à lire dans cette liberté
que prennent les enfants un peu plus âgés, de
maternelle, avec leur nourriture, envers et
contre tous. La limite des règles médicales et
de prévention apparaît là, et l’enfant dit alors,
parfois en fermant la bouche, mais en ouvrant
grands les yeux, qu’il n’a pas à être assuje tti à
cette emprise.

En fait, on ne nourrit pas un enfant. Il se
nourrit de nous. Tout autant d’ailleurs qu’on se
nourrit de lui. L’enfant trouve toujours sa place
entre ce qu’il aime et ceux qu’il aime. Il est
toujours un temps où l’enfant habite son corps
et son désir, décide pour lui et parfois, souvent,
pour nous. Manger prend alors pour lui le sens
de découvrir et d’incorporer le monde dans
lequel il vit
et comme dit Noëlle Châtelet,

« Aimer l’autre, le désirer, c’est s’en repaître et
du même coup assouvir sa faim… »


Patrick Bensoussan
Pédopsychiatre
lemangeur-ocha.com Bensoussan, Patrick. Une cuillère pour maman… Ce que manger veut dire (dossier),
L’Ecole des Parents, n°5/1995.


Nous avons bu
du lait ordinaire !


Ce n’est que depuis quelques mois qu’existent « des laits de croissance » pour « les grands bébés ». Des laits
spécialement étudiés - comme l’explique le texte imprimé sur la brique dudit lait - « en relais du lait deuxième
âge pour aider bébé à bien grandir » et surtout parce qu’il « contient des éléments indispensables à son éveil et à
son développement mais qui ne se trouvent pas en quantité suffisante dans le lait ordinaire ni dans son
alimentation ».

Il y a vraiment de quoi être bouleversé. Comment les enfants d’aujourd’hui et ceux d’hier, c’est-à-dire nousmêmes
(nos parents, nos grands-parents) avons nous pu vivre, grandir, développer nos petites cellules grises,
bref faire notre place au soleil en étant exposés à de tels risques alimentaires ? Nous avons bu du lait ordinaire,
mangé du pain ordinaire, des légumes et des yaourts ordinaires sans savoirs qu’ils manquaient des éléments
indispensables.

A quels terribles dangers de carences nutritionnelles avons-nous échappé ? Pire, nous y avons, sans le savoir,
exposé nos enfants nés avant l’avènement de ces laits bienfaisants. Par quel hasard sommes-nous indemnes ? (Et
encore le sommes-nous ?) Comment ces périls majeurs n’ont-ils pas été portés plus tôt sur la place publique ?
Pourquoi ne sont-ils pas devenus un problème de santé publique ? Comment a-t-on pu en arriver là ?
Odile Naudin


Parlant non??? beurk


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